Les « brumes de sable » sont des poussières issues des déserts d’Afrique, transportées en haute altitude par les vents jusqu’aux Antilles. Elles induisent notamment l’augmentation des niveaux de concentrations des particules fines PM10 dans l'atmosphère.

 

 Ce phénomène d'origine naturelle, est souvent responsable des épisodes de pollution, caractérisés par le réseau de mesure de Gwad’Air, l’observatoire guadeloupéen de surveillance de la qualité de l’air. Ces particules constituent une menace pour la santé car elles ont la capacité de pénétrer profondément dans le système respiratoire, mais aussi d’atteindre la barrière du placenta.

 Dans ce contexte, à l'initiative de l’INSERM-IRSET* en 2016, en partenariat avec l’Institut Pasteur de Guadeloupe, le LERES**, l’EHESP*** de Rennes, le CHU de Guadeloupe et l’Université de Bogota, Gwad'Air a participé à l'étude "BrumisaTerre" afin de répondre à ces questions : 

Pourquoi les naissances prématurées aux Antilles sont jusqu’à trois plus élevées qu’en Métropole ? Existe-il un lien avec l’exposition des femmes enceintes aux brumes de sable ?

 En effet, si le lien entre prématurité et présence du chlordécone a déjà fait l’objet d’une étude en 2014, aucun programme de recherche n’avait jusqu’ici exploré la piste de cette source de pollution aux particules fines.

 

 

Un risque accru de prématurité

 Pour réaliser cette étude, les données de la cohorte TiMoun, suivant 909 femmes enceintes et leurs enfants entre 2005 et 2008 ont été croisées avec les données de pollution atmosphérique aux particules fines enregistrées par Gwad’Air.

Sur l’ensemble de ces grossesses, 15,6% ont conduit à une naissance prématurée. Un chiffre bien plus élevé qu’en Métropole, où la moyenne française a atteint 6% sur la même année. Or, les premiers résultats de l’étude, publiés dans la prestigieuse revue Occupational and Environmental Medicine, démontrent que le risque d’accouchement prématuré est multiplié par trois pour une augmentation de seulement 10 microgrammes par mètre cube de l’exposition moyenne aux particules fines PM10. 

 On constate que les enfants nés prématurément ont davantage été exposés aux particules fines : un tiers des enfants nés prématurément ont été exposés in utero à des concentrations supérieures à 30 μg/m3 de PM10, contre seulement 10 % pour les enfants nés à terme. Ces premiers résultats tendent ainsi à démontrer que l’exposition des femmes enceintes à la pollution de l’air par les poussières désertiques constitue aux Antilles un facteur de risque s’ajoutant à ceux déjà bien connus (âge de la mère, hypertension artérielle, obésité, etc…). Cette nouvelle étude constitue donc une première et une avancée importante pour l’amélioration des connaissances sur les brumes de sable et leurs conséquences sanitaires.

 

Pour aller plus loin :

- Article original publié dans la revue Occupational and Environmental Medicine

- Communiqué de presse 

- Vidéo explicative sur les brumes de sable

 

 

* Institut national de la santé et de la recherche médicale / Institut de recherche en santé environnement et travail

** Laboratoire d'Etude et de Recherche en Environnement et Santé

*** Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique